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La sauvegarde de la biodiversité du Saint-Laurent :
les sites naturels d'importance pour la biodiversité –
les aires protégées et les sites d'intérêt

Le long du Saint-Laurent, plusieurs sites sont reconnus pour leur intérêt écologique en raison de la grande diversité de leur flore et de leur faune. Divers organismes publics et privés ont entrepris des travaux de compilation de ces endroits. Certains de ces sites possèdent un statut légal de protection, alors que d'autres se trouvent sur des terres privées où le niveau de protection et de conservation est minimal. Les informations sur les sites d'intérêt écologique en bordure du Saint-Laurent proviennent de quatre sources principales :

a)
Les sites naturels d'intérêt identifiés par l'Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN) et le Fonds mondial pour la nature (WWF).
Ces données mises à jour en 1998 (Boisseau, 1998) portent sur 234 sites en bordure du Saint-Laurent dont plusieurs jouissent déjà d'un statut légal de protection (carte suivante). Ces sites sont situés en grande majorité dans le tronçon fluvial.

Carte WWF-UQCN


b)
Les écosystèmes forestiers exceptionnels
Ce programme est géré par le ministère des Ressources naturelles du Québec, et la liste des propositions à partir desquelles les données ont été extraites a été mise à jour en décembre 1997. On trouve dans cette liste 107 propositions d'écosystèmes forestiers exceptionnels en bordure du Saint-Laurent, et la plupart de ceux-ci sont situés en amont de Québec (carte suivante).

Carte forêt


c)
Les sites d'intérêt ornithologique (ZICO)
Parrainé par Études d'oiseaux Canada – Bird Studies Canada, ce programme permet d'identifier des sites d'intérêt pour les oiseaux dans toutes les régions du Canada. Les propositions identifiées le long du Saint-Laurent sont au nombre de 136, et cette liste a été mise à jour en mars 1999. Les sites abritant des colonies d'oiseaux de mer dans l'estuaire saumâtre et dans le golfe sont particulièrement bien représentés, les îles de la Madeleine possédant également un grand nombre de sites d'intérêt ornithologique (carte suivante).

Carte ZICO


d)
Les sites protégés dans le cadre du programme Saint-Laurent Vision 2000 (SLV 2000)
Le long du Saint-Laurent, 35 sites ont été acquis ou ont fait l'objet d'ententes à des fins de protection et de conservation des espèces floristiques et fauniques. Plusieurs de ces sites sont situés dans les régions de Montréal et du lac Saint-Pierre (carte suivante).

Carte SLV-2000


Étant donné que plusieurs sites étaient identifiés par différents organismes, les informations ont été résumées pour dresser une seule liste. Par exemple, le site du refuge d'oiseaux migrateurs de l'île aux Hérons, situé dans la région de Montréal, se trouve sur toutes les listes (site d'intérêt de WWF-UQCN, écosystème forestier du ministère des Ressources naturelles du Québec, site d'intérêt ornithologique (deux zones) de ZICO et aire protégée de SLV 2000. Au total, 340 sites ont ainsi été identifiés en bordure du Saint-Laurent (voir le tableau Sites naturels (WWF-UQCN), écosystèmes forestiers exceptionnels, sites d'intérêt ornithologiques (ZICO) et sites protégés (SLV2000)), dont 155 (46 %) jouissent d'un certain statut de protection et 185 (54 %) ne disposent d'aucune protection. Un site est considéré comme possédant un statut de protection si :

1.
il est situé, par exemple, à l'intérieur d'une réserve nationale de faune (comme la Réserve nationale de faune de la baie de L'Isle-Verte), un parc national (comme le Parc national de Forillon), un parc provincial (comme le parc de récréation des Îles-de-Boucherville), un parc régional (comme le parc régional du Bois-de-Liesse), un parc municipal (comme la Prucheraie à Polypode de Virginie de Lévis), un refuge d'oiseaux migrateurs (comme le Refuge d'oiseaux migrateurs de la baie de Brador), une propriété privée (comme l'Arboretum Morgan), une réserve écologique (comme la réserve écologique Marcelle-Gauvreau), un centre écologique (comme le Centre écologique de Port-au-Saumon);
2.
une partie du site a été acquise à des fins de protection (comme le secteur protégé des pointes Hébert et Goyette);
3.
il jouit d'une entente avec la Fondation de la faune du Québec (comme la plaine d'inondation de Saint-Barthélémy);
4.
il s'agit d'une rivière à saumon (comme la rivière Mitis).


Cette liste permet d'identifier les sites d'intérêt à l'intérieur de chaque parcelle d'intérêt et d'en évaluer le niveau de protection. Au total, les 340 sites sont localisés dans 209 parcelles, et leur nombre varie de 1 à 10 sites par parcelle. En outre, 61 des 104 parcelles d'intérêt contiennent des sites d'intérêt écologique (voir Tableau 1 – Parcelles d'intérêt). Plus du tiers (35 %) des sites d'intérêt ne sont pas protégés et sont situés dans des parcelles non retenues (figure ci-dessous). Par ailleurs, il aurait été intéressant d'évaluer la couverture spatiale des aires protégées relativement à l'ensemble des sites d'intérêt identifiés, mais l'insuffisance des données sur la superficie couverte par les différents sites d'intérêt a réduit l'analyse à une comparaison du nombre de sites identifiés avec celui des aires protégées.

Figure nombre de sites


Dans une optique de conservation régionale, la protection des sites d'intérêt sans statut de protection et identifiés dans des parcelles d'intérêt retenues devrait être favorisée. À cet effet, il est clair que l'identification des parcelles d'intérêt a été faite à une échelle relativement vaste (100 km²) qui diffère beaucoup de l'échelle de perception des sites d'intérêt, limitée à un niveau local et ponctuel. Toutefois, il est raisonnable de penser que la richesse totale et la richesse en espèces prioritaires des sites d'intérêt identifiés dans les parcelles retenues auraient, en général, grandement contribué à la sélection de la parcelle en question.

La moitié des sites d'intérêt identifiés le long du Saint-Laurent se trouve dans les Basses-Terres, et 20 % d'entre eux n'ont aucun statut de protection, bien qu'ils soient localisés dans des parcelles d'intérêt (tableau suivant). Les sites des îles Dowker et Madore au lac Saint-Louis près de Montréal, de même que les battures de Beauport et du pont de l'Île-d'Orléans dans la région de Québec, font partie de ce groupe. Par ailleurs, seulement 10 % et 16 % des sites d'intérêt sans statut de protection sont situés dans des parcelles d'intérêt des provinces naturelles des Laurentides et des Appalaches respectivement. Certains de ces sites devraient mériter une attention particulière en raison de leur contribution à la biodiversité régionale comme la baie des Escoumins sur la Haute-Côte-Nord et le marais de la rivière Rimouski et l'île Saint-Barnabé près de Rimouski. Sur la Basse-Côte-Nord, 77 % des 26 sites identifiés ont un certain niveau de protection, et seulement un site non protégé est situé dans une parcelle d'intérêt, soit le site de la baie de Magpie. Enfin, c'est dans les provinces naturelles de l'île d'Anticosti et des îles de la Madeleine que la proportion de sites d'intérêt non protégés et situés dans des parcelles d'intérêt est la plus forte, soit 42 % des sites d'intérêt. C'est aux îles de la Madeleine que se trouvent tous ces sites dont, entre autres, le secteur du Gros Cap, la baie du Havre aux Basques, l'île aux Goélands et l'île Paquet et ses environs. Seulement 29 % des sites de ces deux provinces sont, en partie du moins, protégés.

Répartition des 340 sites d'intérêt dans les 104 parcelles d'intérêt retenues et dans les autres zones selon leur niveau de protection
Province
naturelle
Nombre de sites protégés Nombre de sites
non protégés
Total
Parcelles
d'intérêt
Parcelles
non retenues
Parcelles
d'intérêt
Parcelles
non retenues
Basses-Terres 28 46 33 64 171
Laurentides 4 21 5 18 48
Appalaches 13 14 11 26 64
Basse-Côte-Nord 10 10 1 5 26
Île d'Anticosti et
îles de la Madeleine
6 3 13 9 31
Saint-Laurent 61 94 63 122 340


Il est évident que beacoup d'autres sites non inclus dans les parcelles retenues peuvent présenter de l'intérêt pour la conservation de la biodiversité régionale et doivent faire l'objet d'une attention particulière (comme l'île Dickerson dans la province des Basses-Terres, le marais de Baie-Saint-Paul dans celle des Laurentides et le barachois de New Carlisle dans celle des Appalaches). De plus, certains sites, tels des parcs municipaux qui affichent un certain niveau de protection, pourraient voir leur statut de conservation agmenter en raison de leur vulnérabilité au dérangement et à une destruction possible à des fins résidentielles ou commerciales. Citons en exemple le parc régional de Longueuil, le parc de la rivière des Mille Îles ou la pointe aux Outardes. Enfin, plusieurs sites d'intérêt ont été acquis à des fins de conservation mais en partie seulement (par exemple la batture de Saint-Augustin dans la région de Québec, le ruisseau Saint-Jean sur la rive sud de Montréal, les sites du mont Saint-Pierre et du barachois de Carleton en Gaspésie). L'augmentation de la superficie protégée de ces sites, par l'acquisition de lots adjacents, pourrait aussi contribuer à conserver et protéger la biodiversité régionale.



Benoît Jobin et Jean-Luc DesGranges





La Voie verteMC, site Web d'Environnement Canada

Mise à jour le: 2002-12-02