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Poissons fluviaux
Les grands fleuves comme le Saint-Laurent sont des écosystèmes complexes qui dépendent de multiples facteurs qui varient dans le temps et l'espace (Amoros et Petts, 1993). Certains facteurs, comme les quantités d'eau présentes à chaque saison, dépendent en dernier ressort du régime climatique continental. Ces variations de débit ainsi que celles des niveaux d'eau qui en découlent affectent à des degrés divers la mosaïque d'habitats qui constituent un grand fleuve. D'autres facteurs comme la qualité de l'eau ou les modifications apportées par l'activité humaine jouent également un rôle important. La mise en valeur et la protection des meilleurs habitats sont affectées par ces facteurs. C'est dans ce contexte que doit être envisagée la protection de sites d'importance pour la diversité de leur ichtyofaune.
L'identification des sites à protéger a été réalisée à partir de cartes de richesse spécifique, de rareté de certaines espèces de poissons et de conservation, dressées par secteur. Ces secteurs consistent en une mosaïque d'habitats qui supportent ensemble une forte biodiversité. Les informations qui ont servi à établir les indices de richesse spécifique, de rareté de certaines espèces et de statut de conservation ainsi qu'à dresser les cartes proviennent de plusieurs bases de données d'inventaires des espèces aquatiques, exécutés avec différents types d'engins de pêche (voir Méthodes et annexes).
L'interprétation de ces cartes s'appuie sur une analyse plus fine des points chauds. À noter que la répartition spatiale de la richesse ne dépend pas du hasard. L'auto-corrélation spatiale des valeurs de richesse est significative pour des distances d'environ 10 km et moins (Leclerc et DesGranges, en préparation), ce qui définit une taille maximale pour les points chauds. Elle l'est encore pour une plage de distances allant de 40 à 60 km environ, ce qui correspond à la distance entre les points chauds. Les indices de rareté et de conservation sont également auto-corrélés, mais seulement pour des distances de moins de 5 km. L'échelle spatiale importante est ainsi de l'ordre de 5 à 10 km. Ces résultats viennent par ailleurs appuyer l'utilisation d'une grille de 10 km de côté dans le cas des organismes terrestres.
Une comparaison de la répartition spatiale des indices de richesse, de rareté et de conservation avec celle des frayères connues montre une nette corrélation entre la présence de ces dernières et les indices de rareté et de conservation, et une corrélation plus marginale avec l'indice de richesse (Leclerc et DesGranges, en préparation). Cependant, les frayères ne sont pas le seul facteur à l'origine des variations de ces indices. Par exemple, l'examen des trois types de cartes révèle que la proximité des îles correspondrait à des secteurs de forte diversité des espèces de poissons. Comme la richesse du tronçon fluvial dans son ensemble est plus forte que celle de l'estuaire d'eau douce ou que celle de l'estuaire saumâtre, il convenait d'identifier des sites à protéger dans chacune de ces zones.
Afin de résumer l'information des trois indices de biodiversité (richesse, rareté et conservation) en une seule carte (sites d'intérêt), les indices ont d'abord été transformés en rangs. Le calcul des corrélations entre les indices transformés en rangs donne les résultats suivants :
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Richesse
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Rareté
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Statut de conservation
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Richesse
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1,00
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Rareté
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0,60
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1,00
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Statut de conservation
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0,45
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0,82
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1,00
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Poids sur l'axe 1
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0,51
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0,63
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0,59
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Poids sur l'axe 2
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0,84
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-0,20
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-0,51
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La corrélation la plus forte (0,82), entre la rareté et le statut de conservation, montre que les espèces rares sont souvent les plus préoccupantes. La corrélation la plus faible (0,45), entre la richesse et le statut de conservation, indique qu'il ne faut pas faire porter les efforts uniquement sur les sites riches pour protéger les espèces rares ou à statut préoccupant. Ces corrélations sont ensuite transformées par une analyse en composantes principales qui dégage deux axes importants. Seul le premier axe (75 % de la variance) a été conservé parce qu'il permet d'identifier les sites où sont concentrés en même temps les indices de richesse, de rareté et de conservation, ce qui correspond à l'approche adoptée pour l'identification des sites terrestres à protéger. Le deuxième axe (20 % de la variance) permet d'identifier des sites riches mais qui abritent moins d'espèces rares ou à statut de conservation précaire. Le poids indiqué sur l'axe 1 de chaque indice permet de calculer un indice composite d'intérêt des sites. Encore une fois, la pondération employée ici pour les poissons fluviaux du Saint-Laurent [(0,51 × richesse) + (0,63 × rareté) + (0,59 × conservation)] se rapproche de celle utilisée pour les organismes terrestres.
Les cartes des sites d'intérêt qui suivent montrent la répartition des sites les plus intéressants, identifiés à l'aide des indices composites. Ces cartes, qui ont un lien avec la répartition des frayères (habitats qu'il est essentiel de protéger), doivent être interprétées à l'échelle du 5-10 km.



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Dans le tronçon fluvial, les principaux sites d'intérêt incluent :
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la partie en amont du lac des Deux Montagnes, à proximité de la rivière des Outaouais;
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la partie aval du lac des Deux Montagnes ainsi que l'amont de la rivière des Mille Îles et de la rivière des Prairies;
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la partie aval de la rivière des Mille Îles;
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le lac Saint-Louis dans son ensemble, en particulier dans le secteur sud-ouest à l'embouchure du rapide des Cèdres et qui comprend le gyre du lac Saint-Louis;
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les rapides de Lachine;
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le secteur des îles de Boucherville et de la confluence des rivières des Mille Îles, des Prairies et du fleuve Saint-Laurent;
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le secteur des îles de Contrecoeur;
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l'archipel de Sorel, qui constitue un delta intérieur important, à proximité des rivières Richelieu, Yamaska et Saint-François;
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le secteur nord-est du lac Saint-Pierre.
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Dans l'estuaire fluvial, les principaux sites d'intérêt comprennent :
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la sortie du lac Saint-Pierre;
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le secteur entre la rivière Batiscan et la rivière Sainte-Anne;
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le secteur de la pointe au Platon;
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le secteur de la baie de Beauport et l'amont du chenal nord de l'île d'Orléans.
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Enfin, les résultats obtenus montrent l'estuaire saumâtre comme une zone moyennement importante dans son ensemble. Cependant, un plus grand nombre d'échantillons aurait sans doute permis de détecter des variations à l'intérieur de l'estuaire à des échelles plus rapprochées du 5-10 km. Il est probable que le secteur des îles de Montmagny ainsi que des suites diversifiées d'habitats sur la rive sud (incluant les embouchures de tributaires majeurs comme frayères) seraient ressortis comme des sites d'intérêt pour la biodiversité.
Poissons marins
L'identification des sites à protéger dans la partie marine du Saint-Laurent a été faite en suivant la méthode utilisée pour les poissons fluviaux. Ainsi, des cartes des sites d'intérêt ont été générées à partir des cartes de biodiversité (indices de richesse, de rareté et de conservation), et les corrélations des indices transformés en rangs ont donné les résultats suivants :
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Richesse
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Rareté
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Statut de conservation
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Richesse
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1,00
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Rareté
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0,33
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1,00
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Statut de conservation
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0,56
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0,58
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1,00
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Poids sur l'axe 1
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0,54
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0,55
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0,63
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Poids sur l'axe 2
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0,72
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-0,69
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-0,01
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Comme dans le cas des espèces fluviales, il y a une forte corrélation (0,58) entre la rareté et le statut de conservation et une plus faible corrélation (0,33) entre la richesse et la rareté. Cette faible corrélation pourrait être imputable au grand nombre d'espèces non résidantes parmi les espèces rares. Ces visiteurs viennent de l'Atlantique et sont épisodiquement détectés dans le Saint-Laurent, un phénomène qui devrait s'accentuer avec les changements climatiques (Tyler, 1971).
L'analyse en composantes principales de la matrice des corrélations fait ressortir deux axes importants. Le premier axe, qui correspond à 66 % de la variance, est retenu parce qu'il est pondéré en faveur des sites qui abritent à la fois une grande richesse d'espèces, des espèces rares et des espèces auxquelles a été attribué un statut de conservation. Le deuxième axe (22 % de la variance) permet d'identifier des sites riches mais qui abritent moins d'espèces rares ou à statut de conservation précaire. Le poids indiqué sur l'axe 1 de chaque indice permet de calculer un indice composite d'intérêt des sites. Encore une fois, la pondération employée ici pour les poissons marins du Saint-Laurent [(0,54 × richesse) + (0,55 × rareté) + (0,63 × conservation)] se rapproche de celle utilisée pour les poissons fluviaux ainsi que pour les organismes terrestres.
La carte suivante, qui résume l'information plus détaillée de cartes de base, montre la répartition des sites d'intérêt. On peut constater à première vue une opposition marquée entre le sud du golfe, dominé par le plateau Madelinien, et le nord du golfe, dont les macrohabitats sont très diversifiés.

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Les régions qui ressortent le plus sur cette carte sont :
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le secteur à la limite de l'estuaire salé et du golfe;
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le secteur qui englobe la baie de Sept Îles;
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le pourtour de l'île d'Anticosti, qui a un effet structurant important dans le nord du golfe;
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le chenal Laurentien;
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le chenal Esquiman;
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la côte sud-ouest de Terre-Neuve;
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la côte nord-ouest de Terre-Neuve;
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le secteur à l'entrée de la baie des Chaleurs;
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le secteur à l'est de l'Île-du-Prince-Édouard.
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D'autres secteurs ont de l'intérêt sur cette carte, notamment ceux de la région de la Basse-Côte-Nord, mais les données d'inventaire qui y ont été prélevées sont trop éparses.
La superficie des sites marins identifiés sur cette carte est supérieure (environ 100 km) à celle des sites fluviaux ou terrestres de 10 km ou moins. La grandeur de l'échelle est due, d'une part, à la résolution des données de base regroupées et, d'autre part, à la plus grande taille des écosystèmes marins. Ainsi, cette échelle est comparable à d'autres découpages comme les régions biogéographiques ou les zones de productivité (Ardisson et al., 1990; Ghaminé et al., 1990; De Lafontaine et al., 1991; Brunel et al., 1998). Cette carte ne permet pas de localiser les sites côtiers à une échelle plus fine (moins de 10 km) qui pourraient être enlignés avec les sites terrestres adjacents. Toutefois, la relation claire entre la diversité des espèces et la diversité des habitats favorise la sélection de sites côtiers dont la structure est diversifiée et situés dans des secteurs d'intérêt plus vastes. Une telle utilisation des variables liées à l'habitat au lieu de mesures de biodiversité prises directement s'est avérée d'une grande utilité pour localiser les sites marins d'intérêt (Ward et al., 1999).
Des sites côtiers dominés par des sédiments meubles, comme les cordons littoraux, les lagunes ou les systèmes dunaires, font déjà l'objet d'efforts de restauration. On peut citer à titre d'exemple les barachois de la baie des Chaleurs (Jacquaz et al., 1990). De même, les tributaires de l'estuaire et du golfe sont déjà identifiés comme sites d'intérêt à cause du Saumon atlantique. D'autres sites marins côtiers, comme les aires de rassemblement hivernal du Garrot d'Islande, une espèce en voie d'obtenir un statut de protection (Robert et al., 1999), mériteraient autant d'attention, étant donné leur unicité. Ces aires sont bien délimitées mais encore mal caractérisées (régime d'englacement, profondeur, sédiments, salinité, diversité et productivité benthique et diversité structurelle). Les blocs glaciels transportés par les glaces et parsemés dans des zones à sédiments fins pourraient constituer un élément significatif comme support d'invertébrés exploités par les canards de mer. Dans la veine du couplage marin-terrestre, les sites côtiers et pélagiques en bordure des colonies d'oiseaux de mer devraient retenir l'attention des aménagistes pour assurer la pérennité de ces écosystèmes de grande valeur, compte tenu de l'important apport nutritif des déjections de milliers d'oiseaux à proximité des colonies (Zelickman et Golovkin, 1972).
Jacques Leclerc
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