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De l'amont vers l'aval, l'estuaire saumâtre, l'estuaire salé auquel est relié le fjord du Saguenay et, enfin, le golfe sont les grandes régions maritimes du système Saint-Laurent. Ces régions forment un vaste système estuarien caractérisé en premier lieu par un fort gradient de salinité. Ce gradient est longitudinal dans l'estuaire saumâtre mais devient transversal dans l'estuaire salé. À l'échelle de l'ensemble de ces trois régions, on y trouve environ 123 espèces strictement marines, 16 espèces diadromes, qui effectuent une partie de leur cycle vital en eau douce, et 33 espèces dulcicoles, dont les populations sont cantonnées pour la plupart en eau douce.
En comparant l'ichtyofaune de ces régions, il est possible d'observer une augmentation de la richesse qui passe de près de 48 espèces dans l'estuaire saumâtre à environ 83 espèces dans l'estuaire salé et le Saguenay et jusqu'à 141 espèces dans le golfe. L'estuaire saumâtre est dominé par des espèces dulcicoles ou diadromes. Le nombre des espèces dulcicoles diminue ensuite dans l'estuaire salé et dans le golfe, alors que celui des espèces diadromes reste à peu près constant. Le nombre d'espèces marines aumente considérablement de l'estuaire saumâtre vers le golfe.

À une échelle encore plus fine, dans l'estuaire saumâtre, l'augmentation de la salinité de surface s'accompagne d'une diminution de la composante dulcicole. La majorité des espèces dulcicoles ne se rencontre pas au-delà d'une salinité de 5 p. 1000. Le nombre d'espèces diadromes est relativement constant dans le gradient de salinité, les différences observées étant attribuables à un effort d'inventaire variable. Enfin, seulement 14 espèces marines fréquentent régulièrement les eaux d'une salinité de 5 à 15 p. 1000, alors que 24 espèces marines se retrouvent dans les eaux de 15 à 25 p. 1000. Ces résultats confirment le patron de diversité aquatique généralement observé en milieu saumâtre, c'est-à-dire une diversité minimale par rapport aux régions dulcicole et marine qui le bordent.

La compilation des mentions d'espèces dans l'estuaire salé montre à nouveau une augmentation de la richesse en espèces marines et de la richesse totale en fonction de la salinité. Cependant, la richesse en espèces diadromes semble bimodale : elle est faible entre 27 et 29 p. 1000, dans le centre de l'estuaire, forte entre 25 et 27 p. 1000, des salinités de surface qui prévalent surtout le long de la rive sud, et entre 29 et 30 p. 1000, le long de la rive nord de l'estuaire salé. Le même patron bimodal réémerge dans le cas des espèces dulcicoles, avec sans doute une plus grande richesse en rive nord, ce qui pourrait être relié au plus grand nombre de tributaires importants dans cette partie de l'estuaire salé. Les espèces diadromes ont une nette tendance à se concentrer près des côtes, un patron documenté pour le saumon par Dutil (1988) et pour plusieurs autres espèces.

Jacques Leclerc
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