|
Étant donné que la richesse aviaire d'un ensemble physiographique est directement reliée à l'effort de recherche, ces deux variables ont été mises en relation au moyen d'un modèle de régression non linéaire. La valeur du résidu calculé pour chaque ensemble physiographique permet d'identifier les ensembles où l'écart entre la richesse observée en espèces nicheuses diffère de la richesse prédite par le modèle. Certains ensembles affichent une richesse largement supérieure à celle prédite par le modèle, ce qui indique, que pour un effort de recherche donné, un plus grand nombre d'espèces nicheuses est détecté que dans les ensembles où la valeur des résidus est négative. Il n'y a pas de relation entre la valeur des résidus et la richesse observée en oiseaux nicheurs dans chacun des ensembles (r2 = 0,083), ce qui indique que le calcul des résidus permet effectivement d'éliminer le biais associé à l'effort de recherche des oiseaux nicheurs. De plus, la valeur du résidu n'est pas liée au nombre d'heures de recherche (r2 = 0,011), ni à la superficie totale des ensembles (r2 = 0,009), ni à la superficie inventoriée (r2 = 0,0004; nombre de parcelles de l'Atlas des oiseaux nicheurs inventoriées dans les ensembles).

On trouve des ensembles physiographiques ayant un résidu positif (n = 42) et négatif (n = 26) dans toutes les régions du fleuve. Les ensembles qui affichent les résidus positifs les plus élevés se situent dans les secteurs de Carleton, Montréal et Bergeronnes, et ceux qui montrent une richesse très inférieure à celle prédite par le modèle (résidu négatif) sont situés dans les régions des îles Sainte-Marie, de Trois-Rivières et de l'île Brion.
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Tableau 1. |
Ensembles physiographiques ayant les résidus les plus élevés et les plus faibles |
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Ensemble |
Province naturelle |
Résidu |
|
Carleton |
Appalaches |
34,7 |
|
Montréal |
Basses-Terres du Saint-Laurent |
30,9 |
|
Bergeronnes |
Laurentides |
24,4 |
|
Pointe-du-Lac |
Basses-Terres du Saint-Laurent |
21,8 |
|
Grondines |
Basses-Terres du Saint-Laurent |
21,5 |
|
Cap Tourmente |
Laurentides |
21,1 |
|
New Richmond |
Appalaches |
19,7 |
|
Ragueneau |
Laurentides |
18,7 |
|
Contrecoeur |
Basses-Terres du Saint-Laurent |
18,0 |
|
Les Escoumins |
Laurentides |
17,4 |
 |
|
Archipel de Mingan |
Plateau de la Basse-Côte-Nord |
-13,7 |
|
Anticosti-Est |
Île d'Anticosti |
-15,4 |
|
Rivière Matamec |
Plateau de la Basse-Côte-Nord |
-15,5 |
|
Anticosti-Nord |
Île d'Anticosti |
-16,8 |
|
Mont-Joli-Sud |
Appalaches |
-17,3 |
|
Mont-Sainte-Anne |
Laurentides |
-18,5 |
|
Sept-Îles |
Laurentides |
-26,9 |
|
Île Brion |
Îles de la Madeleine |
-31,8 |
|
Trois-Rivières |
Basses-Terres du Saint-Laurent |
-37,5 |
|
Îles Sainte-Marie |
Plateau de la Basse-Côte-Nord |
-54,2 |
Les ensembles favorables à l'avifaune nicheuse
Les groupes d'ensembles physiographiques les plus favorables à l'avifaune nicheuse ont été identifiés pour chacune des 10 typologies développées, et ce, en faisant abstraction de l'effet de l'effort de recherche pour confirmer la nidification des oiseaux. Des points ont été accordés à ces ensembles afin de calculer l'indice permettant d'identifier ceux qui favorisent le plus les oiseaux nicheurs (tableau 2). Par exemple, les moyennes des résidus des ensembles des contextes climatiques « chaud » et « frais » sont très élevées comparativement à celle du contexte climatique « froid », et la différence des moyennes est significative (P < 0,05). Par conséquent, les ensembles appartenant à chacun de ces trois groupes ont reçu respectivement 2, 2 et -2 points pour cette typologie.
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Tableau 2. |
Moyenne des résidus par groupe d'ensembles physiographiques terrestres pour chacune des typologies |
Contexte
climatique |
Groupe |
Moyenne |
Points |
|
Domaine
bioclimatique |
Groupe |
Moyenne |
Points |
| Chaud (17)* |
5,9 |
2 |
Érablière (25) |
5,4 |
1 |
| Frais (31) |
4,2 |
2 |
Sapinière (33) |
2,4 |
1 |
| Froid (20) |
-5,2 |
-2 |
Pessière-toundra (10) |
-9,0 |
-1 |
| |
p = 0,0353 |
|
|
p = 0,0770 |
|
 |
Paysages
littoraux |
Groupe |
Moyenne |
Points |
|
Affectation du sol (NOAA) |
Groupe |
Moyenne |
Points |
| Subsinueux-relief faible (13) |
11,6 |
2 |
Feuillu (22) |
8,1 |
1 |
| Rectiligne-relief élevé (19) |
3,8 |
0 |
Agricole-hétérogène (13) |
3,4 |
0 |
| Découpé-relief élevé-baie (8) |
-5,0 |
-2 |
Grandes cultures (12) |
2,7 |
0 |
| Rectiligne avec falaise (15) |
-5,2 |
-2 |
Conifère (18) |
-4,7 |
-1 |
| |
p = 0,0044 |
|
|
p = 0,0918 |
|
 |
Typologie
aquatique |
Groupe |
Moyenne |
Points |
|
Affectation du sol (LANDSAT) |
Groupe |
Moyenne |
Points |
| Estuaire (15) |
8,5 |
0 |
Mixte (14) |
8,4 |
0 |
| Eau douce (13) |
4,6 |
0 |
Agricole-urbain (18) |
4,0 |
0 |
| Golfe-marnage fort (17) |
0,9 |
0 |
Feuillu (10) |
2,9 |
0 |
| Golfe-marnage faible (13) |
-5,1 |
0 |
Résineux (23) |
-2,1 |
0 |
| |
p = 0,1678 |
|
|
p = 0,2520 |
|
 |
Type de
drainage |
Groupe |
Moyenne |
Points |
|
Fragmentation (NOAA) |
Groupe |
Moyenne |
Points |
| Imparfait (12) |
3,9 |
0 |
Peu fragmenté (19) |
3,0 |
0 |
| Rapide (36) |
3,1 |
0 |
Moyennement fragmenté (38) |
2,1 |
0 |
| Très bon (7) |
-7,8 |
0 |
Très fragmenté (11) |
-1,2 |
0 |
| |
p = 0,6945 |
|
|
p = 0,7747 |
|
 |
Type de
terrain |
Groupe |
Moyenne |
Points |
|
Fragmentation (LANDSAT) |
Groupe |
Moyenne |
Points |
| Plat (29) |
5,5 |
0 |
Très fragmenté (7) |
12,6 |
0 |
| Ondulé (13) |
0,0 |
0 |
Peu fragmenté (27) |
2,9 |
0 |
| Montueux-accidenté (11) |
-2,2 |
0 |
Moyennement fragmenté (33) |
-0,3 |
0 |
| |
p = 0,3210 |
|
|
p = 0,1171 |
|
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* Le chiffre entre parenthèse représente le nombre d'ensembles dans le groupe. |
Des différences dans les moyennes des groupes d'ensembles sont observées dans seulement quatre des 10 typologies analysées, trois de ces quatre variables affichant un gradient de valeurs à l'échelle du fleuve (climat, domaine bioclimatique, affectation du sol-NOAA). La région de la Côte-Nord est caractérisée par un contexte climatique froid et par une végétation dominée par les résineux, caractéristiques peu favorables à une grande richesse en oiseaux nicheurs, contrairement aux régions méridionales où le climat y est plus clément. Par ailleurs, les ensembles physiographiques dominés par les feuillus, identifiés par l'analyse des images NOAA, sont propices aux oiseaux nicheurs, contrairement aux ensembles où les grandes cultures, les zones agricoles et les forêts de conifères dominent le paysage. Enfin, les ensembles dotés d'une rive sinueuse avec un faible relief et un estran de type surtout vaseux-sableux sont favorables aux oiseaux nicheurs, ce type de trait de côte favorisant l'établissement de marais côtiers utilisés par plusieurs espèces d'oiseaux nicheurs. À l'opposé, les ensembles où l'arrière-plan présente un relief abrupt et où les estrans vaseux sont pratiquement absents ne favorisent pas les oiseaux nicheurs.
L'indice calculé à partir des points accordés aux groupes d'ensembles physiographiques pour chacune des 10 typologies développées permet d'identifier les ensembles offrant les contextes paysagers les plus favorables pour l'avifaune nicheuse. Ainsi, les ensembles avec un indice élevé sont ceux où la nidification des oiseaux est favorisée comparativement aux ensembles où l'indice est faible en raison de leur appartenance aux groupes moins favorables aux oiseaux nicheurs (faible moyenne des résidus).

Cet indice permet de relativiser l'importance des ensembles physiographiques à l'intérieur d'une même région, compte tenu des disparités qui existent entre les ensembles dans leurs contextes paysagers respectifs. Ainsi, un secteur situé du côté nord de la péninsule gaspésienne est peu propice à la nidification des oiseaux en raison du climat plus rigoureux et de la présence de falaises, comparativement aux ensembles de la baie des Chaleurs, où le climat est plus clément et où le terrain est plus plat et la rive plus sinueuse. Ce sont d'ailleurs quatre ensembles physiographiques de la baie des Chaleurs qui présentent les indices les plus élevés (tableau 3). De la même façon, les ensembles des Basses-Terres situés à l'est de Trois-Rivières sont moins favorables pour les oiseaux nicheurs, possiblement en raison des marées qui limitent l'établissement d'herbiers aquatiques utilisés par plusieurs espèces et du relief abrupt sur la rive sud du fleuve comme dans la région de Lotbinière. Les forts indices calculés dans la région de la Haute-Côte-Nord reflètent un paysage dominé par un relief plat et un climat frais, la présence de marais salés dans ce secteur contribuant sans doute à l'établissement d'une avifaune nicheuse diversifiée. Les régions offrant les paysages les moins favorables aux oiseaux nicheurs se situent par ailleurs sur la Moyenne et la Basse-Côte-Nord et à l'île d'Anticosti en raison du climat froid et de leur couverture forestière résineuse.
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Tableau 3. |
Ensembles physiographiques ayant les indices les plus élevés |
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Ensemble physiographique |
Province naturelle |
Indice |
|
New Richmond |
Appalaches |
6 |
|
Carleton |
Appalaches |
6 |
|
La Grande Rivière |
Appalaches |
6 |
|
Paspébiac |
Appalaches |
6 |
|
Pointe-du-Lac |
Basses-Terres
du Saint-Laurent |
5 |
|
Bécancour |
Basses-Terres
du Saint-Laurent |
5 |
|
Montréal |
Basses-Terres
du Saint-Laurent |
5 |
|
Lac Saint-François |
Basses-Terres
du Saint-Laurent |
5 |
|
Lac Saint-Pierre |
Basses-Terres
du Saint-Laurent |
5 |
|
Trois-Rivières |
Basses-Terres
du Saint-Laurent |
5 |
|
Grondines |
Basses-Terres
du Saint-Laurent |
5 |
|
Beauport |
Basses-Terres
du Saint-Laurent |
5 |
|
Contrecoeur |
Basses-Terres
du Saint-Laurent |
5 |
|
Saint-Siméon |
Laurentides |
4 |
|
Bergeronnes |
Laurentides |
4 |
|
Les Escoumins |
Laurentides |
4 |
|
Ragueneau |
Laurentides |
4 |
|
Pointe-des-Monts |
Laurentides |
4 |
Bien que le secteur de la Basse-Côte-Nord soit peu propice à plusieurs espèces d'oiseaux nicheurs, l'indice calculé indique que l'ensemble physiographique de la région de Blanc-Sablon y est plus propice que les autres ensembles de la région, même en l'absence d'informations détaillées sur l'avifaune nicheuse de ce secteur. Des rives moins découpées et la présence d'estrans vaseux-sableux contribueraient à augmenter l'attrait de cet ensemble pour les oiseaux nicheurs.
Il existe une certaine relation (r2 = 0,385) entre la richesse en oiseaux nicheurs observée dans chacun des ensembles physiographiques et la valeur de l'indice calculé pour identifier les ensembles propices aux oiseaux nicheurs. Cela indique que les ensembles identifiés comme étant favorables aux oiseaux nicheurs tendent à être les mêmes que ceux où la richesse observée est élevée, et ce, bien que l'effet de l'effort de recherche des oiseaux nicheurs ait été éliminé par l'analyse des résidus. La forte richesse en oiseaux nicheurs observée dans les ensembles situés dans la partie méridionale du fleuve s'expliquerait en partie par l'effort de recherche déployé dans ce secteur mais également par les paysages favorables aux oiseaux nicheurs trouvés dans ces ensembles. Nous pouvons donc supposer que les résultats des analyses présentées dans les sections précédentes (espèces prioritaires, tendances démographiques, rareté, confinement) sont moins biaisés par l'effort de recherche que ce qui avait été escompté.

Benoît Jobin et Jean-Luc DesGranges
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