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La flore du Saint-Laurent : les espèces vasculaires d'intérêt |
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Les espèces à statut précaire La diversité des espèces des différents territoires en bordure du Saint-Laurent, bien qu'intéressante à connaître du point de vue théorique, ne suffit pas à la sauvegarde de la biodiversité. La conservation nécessite, en effet, de considérer le nombre, la répartition et l'état des populations constituantes de chacune des espèces sur ces territoires. Parmi les 1703 espèces vasculaires localisées le long du fleuve, 66 ont le rang de priorité québécois maximal (S1) et leur présence en territoire québécois est très précaire, 103 sont considérées comme précaires (S2), et 30, comme inusitées (S3) (CDPNQ, 1999). C'est en raison de leur rareté ou de leur statut de précarité que ces espèces sont jugées prioritaires. Au Québec, ces espèces sont principalement des plantes rares, confinées à une seule province terrestre. Leur rareté tient pour la plupart au fait qu'elles atteignent au Québec la limite de leur aire de répartition ou, moins fréquemment, que leur habitat est rare.
Les espèces vasculaires d'intérêt du Saint-Laurent se concentrent en majorité dans les Basses-Terres. D'affinité tempérée, 114 de ces espèces sont confinées à ce territoire. Par ailleurs, l'occurrence de plusieurs espèces dites thermophiles, dont la limite se situe autour de l'archipel d'Hochelaga et au lac Saint-Pierre, est due à des apports méridionaux effectués à la faveur des voies de migration naturelles que sont le Saint-Laurent supérieur et le Richelieu. À cet effet, les parcelles ayant les plus fortes valeurs de l'indice composite de priorisation des espèces vasculaires se trouvent principalement dans la région de Montréal (mont Royal : 0,290; Senneville : 0,182; île Perrot : 0,172; île Sainte-Hélène : 0,164).
La répartition discontinue avec concentrations locales des espèces prioritaires au Québec observées à l'extérieur des Basses-Terres suggère d'abord une influence d'ordre géologique plutôt que climatique. Ainsi, comme dans le cas de la richesse totale en espèces vasculaires, les régions du Bic, de Forillon, de l'île d'Anticosti et des îles de Mingan se distinguent par l'abondance d'habitats marginaux de nature calcaire, c'est-à-dire des habitats instables, sur de petites superficies et ouverts en permanence (ex. : talus d'éboulis, falaises) et qui n'ont probablement jamais été envahis par la forêt depuis la fin de la dernière époque glaciaire. Parmi les espèces prioritaires restreintes à l'estuaire et au golfe (n = 56), les espèces calcicoles de ces habitats dominent, avec 63 % des effectifs. Une autre particularité des espèces prioritaires du golfe réside dans leur origine. En effet, l'aire principale de répartition de plusieurs de ces espèces se situe soit dans les montagnes Rocheuses (les espèces dites cordillériennes), soit dans l'Arctique. Dans ces deux régions, les habitats ouverts de nature calcaire sont fréquents. Durant la dernière époque glaciaire, ces espèces ont survécu en colonisant la toundra qui s'étalait d'un bout à l'autre de l'Amérique du Nord au sud des glaciers. À la fin de la glaciation, la forêt a envahi la très grande majorité des habitats libérés de la glace, à l'exception des quelques habitats marginaux et de nature calcaire où persistent encore ces espèces. À cet égard, le golfe du Saint-Laurent est de loin le principal refuge de ces espèces à l'est des Rocheuses ou au sud de l'Arctique. Le golfe du Saint-Laurent se distingue aussi par la présence de certaines espèces endémiques dont la plus célèbre est le Chardon de Mingan (Cirsium minganense). La répartition de ce chardon se limite à quelques îles de l'archipel de Mingan. Bien que cette plante soit étroitement apparentée au Chardon multifeuille (Cirsium foliosum) commun dans les montagnes Rocheuses, son isolement depuis des milliers de générations a conduit la plante du golfe à se différencier écologiquement et physiologiquement des populations d'origine. Aux îles de Mingan, l'habitat du chardon est extrêmement restreint. De plus, la plante est ici auto-fertile, alors que dans les Rocheuses, la fécondation se fait obligatoirement par croisement (Morisset, 1971). Parmi les localités du golfe du Saint-Laurent supportant des espèces prioritaires, les îles de la Madeleine se distinguent par la présence d'espèces tempérées, dites de la plaine côtière atlantique, tel le Corème de Conrad (Corema conradii). La plupart des espèces de ce groupe présentes au Québec ne se trouvent que dans cet archipel. Dans l'est du Canada, ces espèces ne se rencontrent qu'au sud de Terre-Neuve, aux îles de la Madeleine, à l'Île-du-Prince-Édouard et en Nouvelle-Écosse.
Les espèces singulières Parmi les 19 espèces maintenant protégées par la Loi québécoise sur les espèces menacées ou vulnérables, neuf ont été observées le long du Saint-Laurent, dont huit dans sa portion fluviale.
Parmi les 1919 espèces vasculaires présentes le long du fleuve, quatre seulement sont des représentants uniques de leur ordre respectif, alors que 20, 335 et 1560 espèces ont reçu respectivement des cotes d'unicité taxinomique de 3, 2 et 1. La somme des cotes d'unicité taxinomique des espèces présentes dans chacune des parcelles de 100 km² est en étroite relation avec la richesse totale en espèces vasculaires observées.
On appelle espèces laurentines les plantes dont l'aire de répartition le long du Saint-Laurent occupe une part importante de leur aire de répartition nord-américaine. Ce groupe de plantes est très peu représenté (quelques dizaines de taxons) relativement à l'ensemble de la flore et réunit, d'une part, les endémiques de l'estuaire d'eau douce du Saint-Laurent et, d'autre part, les endémiques du golfe du Saint-Laurent. Bien qu'il n'y ait pas unanimité sur le statut taxinomique de ces plantes qui sont toutes apparentées à des espèces à répartition plus vaste, elles se sont progressivement différenciées, par isolement ou par adaptation, de leurs populations d'origine depuis la dernière glaciation. Parmi les endémiques du golfe, le Chardon de Mingan (Cirsium minganense) est le cas le plus connu. Quant aux plantes endémiques de l'estuaire d'eau douce, plusieurs d'entre elles ont développé des adaptations morphologiques à l'action mécanique des marées d'eau douce. Par exemple, l'Épilobe à graines nues (Epilobium ecomosum), apparenté à l'ubiquiste Épilobe glanduleux (Epilobium glandulosum), produit des graines dépourvues d'aigrettes et munies de papilles, caractéristique qui favorise la dissémination par l'eau. L'absence d'aigrettes est un cas unique chez les épilobes dont le transport des graines est assuré par le vent. Selon Marie-Victorin (1964), l'épilobe à graines nues occupe les grèves estuariennes non pas par préférence, mais en raison du désavantage compétitif attribuable à l'inefficacité de la dissémination de ses graines en dehors de cet habitat. Le petit nombre de plantes restreintes au Saint-Laurent illustre bien la faible endémicité des régions nordiques qui ont subi la dernière glaciation, comparativement à d'autres régions nord-américaines plus méridionales qui bénéficient depuis longtemps de conditions cllimatiques plus clémentes. Les flores vasculaires des régions méridionales témoignent souvent d'une longue histoire, non seulement par le grand nombre d'espèces qu'on y trouve, mais aussi par le nombre important des espèces endémiques présentes. Le taux d'endémisme, c'est-à-dire la proportion d'espèces restreintes à un territoire donné par rapport à la flore totale, est un indice souvent utilisé pour témoigner du « temps d'évolution » dont a pu disposer la flore sur ce territoire. Bien que l'estuaire d'eau douce du Saint-Laurent soit le plus vaste estuaire de ce type au monde, le faible taux de plantes endémiques observées est directement relié à son histoire géomorphologique récente et non à des facteurs comme la superficie. Il en est de même des endémiques du golfe du Saint-Laurent qui doivent leur persistence à la présence d'habitats similaires à ceux occupés par les populations d'origine dans l'Ouest nord-américain et dans l'Arctique.
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