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La flore du Saint-Laurent :
la flore vasculaire

La flore


[La diversité végétale]
[
La flore vasculaire]
[Les espèces vasculaires d'intérêt]

La richesse en plantes vasculaires

Le Saint-Laurent n'est pas un milieu homogène mais plutôt un corridor où existe une grande variété d'habitats. Cette diversité de conditions écologiques qui se succèdent explique que le Saint-Laurent soit le foyer d'une biodiversité importante à l'échelle du Québec. Ainsi, selon le traitement taxinomique adopté dans cette étude (Kartesz, 1994), 1919 espèces de plantes vasculaires, soit plus de 80 % de la flore québécoise totalisant près de 2354 espèces vasculaires, habitent à l'intérieur d'une bande de 10 km de largeur située de part et d'autre des rives du fleuve et du golfe.

La richesse floristique n'est pas régulièrement répartie et décroît selon un gradient climatique orienté dans le sens de l'écoulement du fleuve. Les Basses-Terres supportent 1326 espèces, contre 666 pour tout le plateau de la Basse-Côte-Nord. Dans cette province écologique, en raison de l'influence du substrat calcaire, les îles de Mingan comprennent à elles seules près de 500 espèces. Les îles de la Madeleine représentent le territoire le moins diversifié à ce niveau de perception, avec seulement 349 espèces. À l'échelle locale, les parcelles les plus riches se situent dans les Basses-Terres (île Perrot avec 733 espèces recensées, Bécancour avec 654 espèces, cap Tourmente avec 647 espèces, mont Royal avec 579 espèces, lac Saint-François avec 549 espèces) et hébergent en moyenne 250 espèces, ce qui est plus du double de celles localisées ailleurs le long du Saint-Laurent.

Carte plantes vasculaires
Tableau de la richesse des parcelles de 100 km² en espèces vasculaires
Cartes des plantes vasculaires dans les ensembles physiographiques, dans les régions naturelles et dans les provinces naturelles


Les caractéristiques de la flore vasculaire

Bien que la richesse floristique des Basses-Terres rapportée dans les études reflète en partie l'accessibilité des sites et un effort de recherche accru, la diversité spécifique d'un lieu donné dépend d'abord des conditions écologiques locales, puis de facteurs d'ordre historique, climatique et anthropique. C'est donc la combinaison de ces différents facteurs qui détermine la présence des espèces dans une région. Ainsi, parce que le Québec occupe une position relativement nordique, les espèces du Saint-Laurent sont en majorité des plantes herbacées vivaces.

Figure 1. Nombre d'espèces vasculaires réparties selon les types biologiques principaux (les plantes bisannuelles sont incluses dans le groupe des vivaces herbacées)
Histogramme plantes vasculaires


Ces espèces peuvent survivre aux froids hivernaux grâce à leurs bourgeons enfouis dans le sol ou localisés près de la surface. Le nombre d'arbres ou d'arbustes est comparativement faible sur l'ensemble du territoire, tout comme le nombre d'espèces annuelles, bien que ces dernières soient plus nombreuses dans les Basses-Terres, notamment à l'état de « mauvaises herbes ». D'ailleurs, ces mauvaises herbes sont pour la plupart des plantes restreintes aux milieux ouverts, c'est-à-dire non forestiers. Majoritairement originaires d'Europe ou d'Asie, ces plantes ont récemment été introduites sur notre continent, le plus souvent de façon accidentelle. On les trouve principalement le long du Saint-Laurent (505 espèces introduites, dont 322 espèces avec des localisations géographiques dans notre base de données), là où se concentrent les habitats ouverts modifiés par l'homme, et elles contribuent à un accroissement artificiel mais néanmoins significatif de la biodiversité végétale de la plaine du Saint-Laurent.

Figure 2.  Nombre d'espèces vasculaires indigènes et introduites
Histogramme plantes indigènes


Les introductions de la plupart des plantes exotiques se sont effectuées à la faveur du déboisement intensif de nombreuses régions à des fins agricoles, à la suite de l'immigration massive des Européens au cours des siècles derniers. Toutefois, même si la plupart des espèces introduites sont maintenant naturalisées, il est probable qu'elles disparaîtraient à peu près complètement après une réinvasion de la forêt.

Par ailleurs, la flore indigène du Québec est le reflet des conditions climatiques qui ont prévalu à l'échelle géologique. Ainsi, pendant près de 100 000 ans et jusqu'à il y a environ 15 000 ans, le territoire québécois a subi la dernière glaciation, à l'instar de près des deux tiers de l'Amérique du Nord. Toute forme de vie était ainsi absente du territoire parcouru par le Saint-Laurent durant cette période. Bien que les conditions climatiques se soient plus ou moins stabilisées depuis, la colonisation végétale du Saint-Laurent se poursuit encore de nos jours. Globalement, cela se traduit par la dominance de deux groupes d'espèces le long du Saint-Laurent : les plantes tempérées de l'Est et les boréales.

Figure 3. Nombre d'espèces vasculaires réparties selon leur affinité géographique
Histogramme affinité géographique

Le premier groupe est propre à la grande forêt caducifoliée de l'est de l'Amérique du Nord, et les espèces qui le constituent atteignent pour la plupart leur limite nord-est de répartition dans les Basses-Terres du Saint-Laurent. C'est ce qui explique la plus grande richesse spécifique de ce territoire. Les espèces tempérées de l'Est ont probablement survécu à la dernière glaciation aux latitudes de la Louisiane, de la Georgie et du nord de la Floride, puis ont progressé vers le nord et le nord-est après la glaciation. Leur confinement dans l'Est s'explique par la présence de la prairie nord-américaine qui a entravé leur expansion vers l'ouest. Notons par ailleurs que les espèces dans le groupe « autres affinités » de la figure 3 sont principalement des espèces tempérées à distribution transcontinentale.

Quant aux espèces boréales, elles sont uniformément réparties à la grandeur du Saint-Laurent, ce qui révèle la nordicité du Québec, exprimée par la grande forêt de conifères qui traverse toute l'Amérique entre l'Arctique et les régions tempérées. Parmi les espèces recensées dans chacune des six provinces naturelles, les espèces qui montrent les plus grandes distributions spatiales sont la Maïanthème du Canada (Maianthemum canadense) (327 parcelles), le Sapin baumier (Abies balsamea) (325 parcelles), le Cornouiller du Canada (Cornus canadensis) (320 parcelles), le Bouleau à papier (Betula papyrifera) (319 parcelles) et la Trientale boréale (Trientalis borealis) (318 parcelles), toutes des espèces boréales. Ces observations font ressortir le peu d'individualité des flores nordiques, les mêmes espèces se rencontrant partout, comparativement aux flores plus méridionales. Il est en effet bien connu que les flores indigènes sont de moins en moins individualisées, c'est-à-dire propres à une région donnée, au fur et à mesure que l'on tend vers les hautes latitudes.

La distribution régionale de certaines espèces s'explique par la nature des assises géologiques. Ainsi, les formations de nature calcaire dans les régions du Bic, de la Gaspésie, des îles de Mingan, de l'île d'Anticosti et de Blanc-Sablon permettent la présence d'un groupe particulier d'espèces, soit les espèces calcicoles. Contrairement aux espèces boréales, qui sont aussi très répandues dans ces régions en y constituant l'essentiel de la flore, les espèces calcicoles supportent mal la compétition des autres plantes, notamment des espèces forestières et, pour ces raisons, ne se trouvent que dans des habitats calcaires ouverts en permanence comme les falaises, les talus d'éboulis et les platières de rivières.



Bernard Tardif et Jean Deshaye





La Voie verteMC, site Web d'Environnement Canada

Mise à jour le: 2002-12-02