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Les modifications anthropiques du Saint-Laurent :
l'acidification du milieu

Les dépôts acides sont l'un des types de contamination dont les effets sur l'environnement ont été le plus étudiés depuis les vingt dernières années. Dans plusieurs pays, des milieux sensibles agressés par la pollution acide, et plus particulièrement les écosystèmes aquatiques, ont montré d'importants changements dans la structure des communautés qu'ils abritent, (Diamond, 1989). L'ampleur du phénomène d'acidification du milieu est conditionnée essentiellement par deux variables : les quantités d'émissions atmosphériques de substances acidifiantes (SO2 et Nox) qui déterminent l'acidité des précipitations ainsi que la capacité naturelle des sols à neutraliser cette acidité.

Les moyennes annuelles de pH enregistrées à une vingtaine de stations du Réseau d'échantillonnage des précipitations du Québec (MEF, 1997) permettent de répartir le territoire québécois en trois zones de pH des précipitations, représentées ici à l'échelle de perception des ensembles physiographiques du Saint-Laurent. Il est possible de constater, sur la carte suivante, que la partie sud-ouest du Québec est celle qui est soumise aux précipitations les plus acides (pH < 4,4).

Carte pH


D'autre part, une carte de sensibilité à l'acidification des sols des ensembles physiographiques en bordure du Saint-Laurent, réalisée à partir de la cartographie à l'échelle du 1 : 2 500 000 de la vulnérabilité des écodistricts du Québec aux retombées acides (Environnement Canada, 1985), montre que près de la moitié des ensembles physiographiques présente des sols extrêmement vulnérables à l'acidification. Ces ensembles sont localisés en majorité dans les provinces des Laurentides centrales du plateau de la Basse-Côte-Nord. À ces endroits, les précipitations entrent dans la catégorie la moins acide pour le Québec (pH > 4,5). Les lacs les plus fragiles (situés dans les ensembles physiographiques riverains dont les sols sont fortement sensibles à l'acidification et qui sont également localisés dans la zone où les précipitations sont les plus acides) se trouvent dans les régions de Québec et de Portneuf.

Carte acidification


Au Québec, 19 % des lacs ont un pH de moins de 5,5 et sont considérés comme acides. Les régions hydrographiques de la Côte-Nord et de la Mauricie (comprenant Québec et Portneuf) comptent respectivement 33 % et 12 % de lacs acides (Dupont, 1993). La région du nord de l'Outaouais, située au nord-ouest de notre zone d'étude, constitue la région du Québec la plus atteinte par la pollution acide.

Dans les lacs du Québec, des études ont montré que l'évolution du pH de 5,5 à 5,0 unités entraînait une baisse de 50 % de la diversité des espèces de poissons (Tremblay et Richard, 1993). Il se produit également des modifications importantes dans la chaîne alimentaire lacustre dont dépendent les poissons et les oiseaux aquatiques (DesGranges, 1989; DesGranges et Gagnon, 1994). Dans les écosystèmes terrestres, les modifications des propriétés chimiques des sols causées par les dépôts acides constituent un facteur important à la source du dépérissement des forêts (Taylor et al., 1994). Ces modifications affectent non seulement la vigueur des arbres (Dessureault, 1985) mais également la faune et la flore forestières (van der Kelen, 1996; Darveau et al., 1997).

Compte tenu de l'ampleur du territoire touché par ce phénomène, la seule solution consistait à réduire les émissions de substances acidifiantes à la source. Ainsi, dans le but de protéger les écosystèmes contre les effets de la pollution acide, le gouvernement canadien et les provinces à l'est de la Saskatchewan ont signé en 1985 une entente visant la réduction des émissions de dioxyde de soufre (SO2). L'objectif de l'entente était une réduction des émissions de 40 % par rapport à celles de 1980 (année de référence), et ce, pour 1994. Cet objectif a été dépassé en 1994, alors qu'on notait une réduction de 54 % des émissions de SO2, comparativement à 1980 (Environnement Canada, 1995).

Cette réduction importante a entraîné une diminution des concentrations de sulfates (SO4) mesurées dans les précipitations au Québec (Bouchard, 1996). Pour le moment, les progrès accomplis en matière de réduction des émissions acidifiantes touchent principalement le sud-ouest du Québec. Bien qu'une baisse des concentrations de SO4 ait été observée dans la majorité des lacs du Québec méridional faisant partie des programmes de suivi temporel (Bouchard, 1996), il semble que le rétablissement du pH des eaux lacustres soit beacoup moins rapide qu'on ne l'avait anticipé. Seulement 11 % des lacs du réseau de suivi québécois montraient une augmentation du pH (Environnement Canada, 1997). Le processus de récupération est ralenti par plusieurs facteurs, dont l'augmentation de la sensibilité des lacs à la pollution acide. C'est là une conséquence directe de la diminution de la minéralisation de l'eau et de la contribution maintenant proportionnellement plus importante des dépôts de NOx. Ces derniers sont demeurés stables au fil des ans, à la différence des dépôts de SO4. Par ailleurs, les écosystèmes lacustres font maintenant face à plusieurs autres influences, comme les changements climatiques qui pourraient avoir des impacts sur l'équilibre physico-chimique d'un lac, masquant ainsi les principaux indicateurs de récupération de l'acidité des eaux lacustres (Couture et Bouchard, 1997).



Luce Chamard, André Bouchard et Madeleine Papineau





La Voie verteMC, site Web d'Environnement Canada

Mise à jour le: 2002-12-02