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INFOS SAINT-LAURENT
La présence du Crabe chinois à mitaine fut rapportée pour la première fois dans les Grands Lacs en 1965, soit cinq ans après l’ouverture de la Voie maritime du Saint-Laurent. Dix observations additionnelles, la plupart au lac Érié, ont été rapportées entre 1965 et 1994. Cette espèce n’a cependant jamais pu s’établir dans le système Grands LacsSaint-Laurent. Lors d’activités d’échantillonnage dans la région de Québec, Yves de Lafontaine, chercheur scientifique d’Environnement Canada, a confirmé la première découverte d’un spécimen de cette espèce faite par un pêcheur commercial dans le Saint-Laurent, le 2 septembre 2004. L’animal a été capturé dans un engin de pêche à anguilles localisé à Lévis (Saint-Romuald), sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, en face de Québec. Trois autres spécimens ont été découverts dans les eaux douces du Saint-Laurent en 2004, 2005 et 2006, un à Sainte-Angèle-de-Laval et deux au lac Saint-Pierre. Au cours de la même période, trois autres spécimens ont été capturés dans les lacs Érié et Supérieur. |
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La présence du Crabe chinois à mitaine dans l’estuaire du Saint-Laurent est préoccupante dans la mesure où l’espèce est catadrome et requiert donc la présence d’eaux douce et salée afin de compléter son cycle de vie et pour assurer l’établissement et le maintien de populations. Les crabes adultes migrent de l’eau douce vers l’eau salée où ils se reproduisent. Après une période larvaire, les jeunes crabes migrent vers l’eau douce où ils grandissent et se développent. L’espèce peut migrer sur des distances atteignant 500 km dans les fleuves et les rivières d’Europe et d’Asie.
Le Crabe chinois à mitaine est originaire des rivières et des estuaires du bassin de la mer Jaune située entre la Chine et la Corée. Depuis son introduction accidentelle en Allemagne en 1912, il s’est répandu dans plusieurs pays d’Europe dont, récemment, en Angleterre. Parmi les pays où l’on retrouve des populations établies depuis la fin des années 1970, on compte la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Hollande, la France, le Luxembourg, la Finlande, la Suède, la Pologne et la République Tchèque. Le Crabe chinois à mitaine s’est établi sur la côte Ouest américaine en 1992, dans la baie de San Francisco. Les résultats d’analyse génétique des spécimens capturés dans le Saint-Laurent révèlent que leur origine s’apparente à un génotype commun chez les populations d’Europe, mais absent chez les populations de Crabe chinois à mitaine de la Californie.
Contrairement aux Grands Lacs où l’espèce est jugée incapable de s’établir à long terme, puisqu'elle doit retourner en eau salée pour se reproduire, sa présence dans les eaux du Saint-Laurent, près de Québec, représente un risque d’établissement et d’envahissement pour le fleuve et son estuaire. Étant donné le caractère très envahissant du Crabe chinois à mitaine, les tributaires du fleuve et de l’estuaire, y compris le Saguenay, sont également considérés comme des secteurs à risque. L’analyse des données relatives au trafic maritime transocéanique montre que 42 % des navires qui fréquentent les ports du Saint-Laurent proviennent de pays où le Crabe chinois à mitaine est établi, ce qui signifie que près de la moitié des navires sont susceptibles d’introduire cette espèce. Le nombre de navires provenant de l’Allemagne, de la France et du Portugal a particulièrement augmenté depuis 1998, sans compter ceux provenant de la Chine et de la Corée du Sud. Cependant, l’augmentation du trafic maritime de ces navires dans les ports du Saint-Laurent n’est pas nécessairement la seule cause des récentes découvertes du Crabe chinois à mitaine. Il faut également tenir compte des populations établies dans ces pays dont l’abondance influence le risque de transfert de spécimens; une forte abondance dans le port d’origine augmente les risques de transfert dans le port de destination. Dans certains pays européens, les populations de Crabes chinois à mitaine se seraient accrues de 10 fois et plus depuis les années 1990. Des études génétiques sont recommandées afin de déterminer de manière plus précise l’origine des spécimens capturés dans le Saint-Laurent et les Grands Lacs et ainsi orienter les interventions afin de réduire le risque d’introduction.
de Lafontaine, Y. 2005. « First record of the Chinese mitten crab (Eriocheir sinensis) in the St. Lawrence River, Canada ». Journal of Great Lakes Research, 31 (3) : 367-370. de Lafontaine, Y. et G. Costan. 2002. « Introduction et transfert d’espèces exotiques aquatiques dans le bassin hydrographique des Grands Lacs et du Saint-Laurent », dans R. Claudi, P. Nantel et E. Muckle-Jeffs (éd.), Envahisseurs exotiques des eaux, milieux humides et forêts du Canada. Ressources naturelles Canada. pp. 73-91. Hänfling, B., G.R. Carvalho et R. Brandl. 2002. « mt-DNA sequences and possible invasion pathways of the Chinese mitten crab ». Marine Ecology Progress Series, 238 : 302-310. Herborg, L.M., S.P. Rushton, A.S. Clare et M.G. Bentley. 2005. « The invasion of the Chinese mitten crab (Eriocheir sinensis) in the United Kingdom and its comparison to continental Europe ». Biological Invasions, 7 : 959-968. Normille, D. 2004. « Expanding trade with China creates ecological backlash ». Science, 306 : 968-969. Rainbow, P.S., R. Robbins et P. Clark. 2003. « Alien invaders: Chinese mitten crabs in the Thames and spreading ». Biologist, 50 : 227-230.
Radio-Canada, Les années lumière Les envahisseurs de nos eaux
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